Alun Be : un autre regard

Alun Be's profiles

Alun Be a dû prouver à tous, avant tout à lui même, qu’il est un artiste. Son histoire est celle d’un jeune homme qui s’affirme à travers l’art. L’histoire de son combat pour survivre, après un accident qui lui brise les cervicales. Pourtant, lorsqu’on le rencontre, on ne perçoit rien. Juste ce sourire et cette empathie qui vous donne envie de refaire le monde avec lui. J’espère que son histoire vous touchera autant que moi. 

Alioune BaIl y a 35 ans, Alioune Ba naît au Sénégal le 17 avril d’une mère guinéenne et d’un père sénégalais. Tous les deux sont dans les affaires. De son côté, Alun grandit, développant un amour immodéré pour l’art. Touche à tout, il fait de la musique avec ses amis. En 1995, Alioune participe à la compilation Selerat de Positive Black Soul. Sa famille le découvre en écoutant la radio. C’est la douche froide. Ce succès n’étant pas exactement au goût de son père qui le verrait plutôt médecin, avocat ou architecte.

S’il faut choisir, Alioune opte pour l’architecture. Ce sont les années lycée, le jeune homme étudie à Miami et durant son temps libre, il emprunte l’appareil argentique de sa mère. Coup de foudre pour la photo, mais aussi le dessin et le graffiti. Le bac en poche, il étudie l’architecture. « Dans ma classe, les gens étaient passionnés d’architecture. Lorsque l’on sortait de cours, ils parlaient de murs, de fenêtres, d’escaliers. Ça ne me passionnait pas vraiment. » Les charrettes s’enchaînent. Le travail n’en finit pas, souvent jusqu’au petit matin. Alioune s’évade en jouant de la guitare, devant le lac qui fait face à l’école de musique qu’il rêve d’intégrer.

Il a désormais 21 ans. Alioune se replonge dans son autre passion, la photo. Il devient l’assistant photo de l’un de ses professeurs. Ce dernier réalise des reportages pour des magazines. « J’avais toujours mon appareil photo avec moi depuis l’âge de 14 ans. Je prenais des photos pour des flyers, des sites internet. C’était une chance. »

Son diplôme obtenu, un poste chez le célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer à Rio de Janeiro l’attend. Il décline pourtant l’offre de papa pour s’envoler vers l’Asie et l’Amérique Latine. Son appareil photo pour seul bagage. Après quelques mois, c’est à Paris qu’il décide de poser ses valises. Il se lance dans la musique. Galères. Doutes aussi. Son père avait peut-être raison finalement. Hésitant, il reprend l’architecture. Départ pour San Francisco pour son master. « J’ai choisi une école d’artistes qui venait d’ouvrir une section architecture. C’était le meilleur des deux mondes. » Entouré d’artistes de la mode, de l’art et de la photo, il s’immerge dans ce nouvel environnement comme un poisson dans l’eau. « On a monté un label de musique et un studio à San Francisco. C’était un collectif d’artistes et nous faisions des sites Web. Tout se passait bien. » Puis c’est le drame ! Un accident de la route brise ses projets et ses cervicales. À deux mois de sa thèse, il ne veut pourtant rien lâcher. Il pousse, il pousse certainement trop fort. Son corps lâche ! L’opération censée le soulager se passe mal. Retour à Paris sur une chaise roulante. Pour les médecins, il n’est pas question de réopérer. Sous morphine, il vit dans la douleur. Seule issue ? Retour chez lui, au Sénégal.

page5

La douleur lui rappelle sans cesse son accident. Impossible de s’asseoir, il vit couché presque une année. Il ne veut voir personne, pourtant une amie insiste. Elle lui rend visite et lui prête des livres de développement personnel comme Écoute ton corps de Lise Bourbeau et Le Bouddha dans votre miroir de Woody Hochswender. Mais le fait de lire un livre est un supplice. Il lui explique « C’est trop lourd, » elle lui rétorque « si c’est lourd, déchire les pages. » Il déchirera les pages de centaines de livres qui lui sauveront la vie. « Pour les médecins, je devais accepter ma condition. Les livres, eux, m’invitaient à changer mon destin. » Il veut remarcher. Il remarchera à force de volonté. « La douleur n’est qu’un signal du cerveau » explique-t-il. Doucement, le mal devient supportable. En cinq mois, il se remet à voyager seul, d’abord à Amsterdam, puis en Espagne. Il tente l’hypnose en Belgique. Ses séjours et ses lectures le transforment. Il est fin prêt à redémarrer, finir sa thèse et reprendre sa vie en main. Après un an et demi de convalescence, il décide de présenter son projet de fin d’année : un musée du jazz. Pour cela, il traduit So What de Miles Davis en projet architectural. « L’architecture et la musique classique partagent les mêmes principes, les mêmes proportions musicales. Dans So What, Miles Davis utilise cette théorie, » explique Alioune. En faisant une règle de trois, il réussit à traduire le principe. De retour à San Francisco pour présenter sa thèse, c’est un succès ! Succès qui lui permet de faire la paix avec l’architecture. « Aujourd’hui, j’utilise l’architecture dans ma photo. Ma manière de créer est la même que si je créais une maison. » L’école est finie, retour en Europe. Entre-temps, le Docteur Delajoux l’opère. Cette opération lui sauve la vie. Alioune en parle encore avec émotion. « Aujourd’hui, je peux même aider les gens à porter leurs valises ». 2014, il est au Danemark pour un projet d’architecture autour de l’écologie. Lorsqu’il a du temps, il photographie les gens dans la rue. Le déclic vient. Ce sera la photo et précisément les portraits. Le travail du photographe portraitiste Peter Hurley sur l’image et l’estime de soi le conforte dans sa décision. Il veut montrer les gens sous leur meilleur visage.

Une fois à Paris, il se crée un book. La chance est de son côté, l’ONU souhaite présenter une exposition mettant en scène dix portraits de femmes africaines. Il est choisi et réalise le projet Empowering The Woman Of Senegal, Share Their Experiences. Œuvres qu’il présentera à l’exposition Universelle de Milan. Pour réaliser ses portraits, il se rend au Sénégal et en Gambie. Il y rencontre des femmes extraordinaires et puissantes. Son objectif : les aider à être à l’aise face à la caméra. Leur permettre de lâcher prise. Une fois les masques à terre, il peut débuter la séance. Un projet en amenant un autre, Henri Guilladert, ex-producteur de Youssou N’dour, lui propose de réaliser un clip sur les enfants orphelins et mendiants du Sénégal. L’Unicef porte le projet.

kids1

Papa souhaitait avoir un fils médecin, un autre avocat et un architecte. L’histoire en aura décidé autrement. Le petit dernier est artiste. Mais Alioune a fait la paix avec l’architecture. Il dessine même une maison au Sénégal pour ses parents, mais tout le monde sait désormais qu’il n’en fera jamais son métier. La photo est son point d’ancrage, mais il sait qu’un jour, il reprendra la musique. Cesaria Evora a bien commencé sa carrière à 54 ans, pourquoi pas lui ?

Découvrez l’univers D’alun Be sur son site : http://www.alunbe.com

Gladys
Gladys

lover & lifestyle blogger when I have some time

Related Posts
blog_gladysdit_photo-jamie-street

Discussion about this post

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *