Benj (Neg’Marrons) La bande-son de sa vie

infactjv

Vingt-et-un ans que l’on entend le son de leurs voix. Ils avaient un peu disparu du devant de la scène. Pourtant, depuis leur dernier album Les Liens Sacrés, ils continuent à travailler dans l’ombre sous de multiples casquettes : MC, producteurs et plus que jamais, artistes. Le 8 avril, les Neg’Marrons faisaient leur grand retour dans les bacs. L’album, Valeurs Sûres, ils y travaillent depuis longtemps.

Pas une ride. Simple. Détendu. Égale à lui-même, on l’appelle Benj. Il ne s’agit pas du diminutif de Benjamin, ce serait trop simple. Fabien Loubayi nous dit tout (ou presque) sur lui, les Neg’Marrons et un bout de l’histoire du Hip-Hop made in France.

 

Devenir quelqu’un

« On a voyagéÉvolué. On a une autre manière de raconter la vie, maintenant que l’on est pères. Notre perspective est différente de l’époque où nous vivions entourés de nos tours de béton. » Même éloigné de quelques kilomètres de Garges, où il est né en 1976 et où il a grandi, la situation dans les quartiers n’a pas beaucoup évolué. C’est ce qu’ils racontent d’album en album. « Quels que soit ta réussite et ton statut, tu es toujours assimilé à la banlieue. C’est à cela que la réalité nous ramène. On se fait toujours contrôler par la Police. On vit toujours ces situations ». La reconnaissance vient avec son lot d’avantages, mais certains inconvénients persistent. Loin de se plaindre, Benj a choisi de partager. « J’ai des responsabilités, une vie de famille. Je ne suis plus dans l’ego. Ça transforme » raconte-t-il. Il poursuit « on tente de rester optimistes. C’est l’état d’esprit du Neg’marron. Le Neg’marron était l’esclave rebelle, insoumis, qui fuyait au péril de sa vie pour gagner sa liberté. Il a toujours pensé qu’il serait libre. Il n’a jamais perdu de vue ses objectifs. » Mais, quels sont-ils ? « Je veux construire. Laisser quelque chose à mes enfants ». Avant lui, ses parents tentent d’offrir le meilleur à leurs enfants. « On a grandi dans des conditions qui n’étaient pas les plus favorables, mais on a toujours eu en tête que l’on pouvait devenir quelqu’un. On savait qu’il fallait prendre notre destin en main, après les sacrifices qu’on fait nos parents. »

 

« Le Neg’marron était l’esclave rebelle, insoumis, qui fuyait au péril de sa vie pour gagner sa liberté. Il a toujours pensé qu’il serait libre. Il n’a jamais perdu de vue ses objectifs. » – Benj des Neg’Marrons

 

 

Lève-toi, bats-toi

Avant dernier d’une famille de quatre, Fabien s’essaye à la musique vers onze ans. À l’époque, il y a six chaînes de télévision, qui proposent des émissions devenues cultes : Les Enfants du Rock sur Antenne 2 (ancêtre de France 2). Rapline sur M6 (1990) avec à la présentation, Olivier Cachin. À la radio, c’est Dee Nasty, et Lionel D qui lancent les talents à la fin des années quatre-vingt dans Deenastyle sur Radio Nova. Sans oublier l’émission de référence, H.I.P. H.O.P., présentée par Sidney sur TF1 dès 1984. Le M.C. reçoit des personnalités internationales emblématiques de l’époque comme Sugarhill Gang, Herbie Hancock, Africa Bambaataa ou Madonna. « Ça passait tous les dimanches soir. Ils accueillaient Assassin, Ministère A.M.E.R., Little MC pour faire des freestyles de rap, toute la première vague des rappeurs. C’était l’émission à ne pas rater ». Fabien enregistre ces émissions sur des cassettes qu’il réécoute en boucle toute la semaine. « On est entré dans la culture Hip-Hop via la danse, puis le rap français avec Ministère A.M.E.R., le groupe de la ville dont les membres sont Stomy, Passi et Moda. À force de faire des freestyles, on a commencé à écrire. C’était marrant. » Leurs textes sont engagés, inspirés par la scène américaine, le groupe Public Enemy et la politique de l’apartheid en Afrique du sud, qui ne les laisse pas indifférent. « On parlait de nos vies. On était fière de notre identité noire. On parlait aussi de politique avec Pasqua, ministre de l’intérieur à l’époque. Du système oppressif. Des bavures policières. » Petit à petit, ils prennent conscience de leur condition « On ne s’en est pas rendu compte, mais on était isolé. On nous avait mis en marge de la société, réuni en dehors du cercle parisien. On comprenait que la vie n’avait pas été facile pour ces familles qui venaient d’arriver, souvent les premières frappées par le chômage. »

 

 

secteur-a
1933971_160039075277_6197406_n

Les mots qu’il faut

Ils enregistrent maintenant entre Paris et Londres. Il y a des budgets, des horaires à respecter, la promo. La vie change, mais ils prennent toujours le RER D pour se rendre à Châtelet. « On devenait professionnels. On était dans une grosse machine. Plein de gens rêvaient d’être à notre place ». Premier chèque, la famille en bénéficie. Ils font ce dont ils rêvent depuis petits. « J’apprends. On enregistre avec des pointures du reggae à Londres. Ils nous conseillent sur la manière d’aborder le métier. Ils nous donnent plein de conseils. » Le métier rentre, les Neg’Marrons sortent Rue Case Nègres (1997), suivront le Bilan (2000), Héritage (2003) et les Liens Sacrés (2008). Pendant ce temps, les deux amis deviennent producteurs et lancent Pit Baccardi, Jalane, Tandem, le groupe L’Skadrille. « J’aime la production. Aider mes artistiques à trouver une direction artistique et produire des albums. » Mais la priorité reste et demeure le groupe.

 


 

« Les gens nous disent, parfois, qu’ils ne nous voient pas. Mais on est toujours sur scène et en studio. On s’est construit sur scène avec notre public. » Et parce que la musique n’est pas un sprint, mais une course de fond, ils se gardent des espaces pour travailler sur d’autres projets solos ou en groupe avec notamment la MC Malcriado pour Jacky ou le Bisso Na Bisso pour Benj. « En solo, j’aime les choses plus afros, mais on a toujours la passion et l’envie de travailler ensemble. On est complémentaire. » La prochaine étape ? Elle se passera loin des réseaux sociaux, pourquoi pas un livre ? « Les réseaux sociaux, les gens flattent leur ego. Tout le monde est heureux. Tout le monde est amoureux. Ce n’est pas ça la vie !  » Et s’il fait le bilan ? « Mon boulot m’a beaucoup aidé, à rencontrer des gens. Sortir de mon quotidien. Voyager. Ce qu’il y avait de brûlant et ardent en moi s’est apaisé. Mon métier m’a rendu beaucoup plus sociable. » Mais en plus, il tente d’inculquer le meilleur à ses deux garçons, parce que la famille est une valeur sûre. (Oui, elle était facile 😉 )

 

 

Gladys
Gladys

lover & lifestyle blogger when I have some time

Related Posts
blog_gladysdit_photo-jamie-street

2 Discussion to this post

  1. Benjamin dit :

    Cool fashback !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *