Que reste-t-il de moi ?

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Écrire. Oui, mais pour dire quoi ? Est-ce que je dois écrire ça ? C’est acceptable ? Je peux dire ça, vraiment ? Une fois transformé en adulte, on apprend doucement à se brider. Le regard des autres finit par prendre la place. Pourtant, les autres n’ont rien dit. Ils n’ont même pas vu quoi que ce soit. La censure aura lieu bien avant que le texte ait rencontré son public. Autocensure. Elle empêche de mettre ses tripes sur la table. Elle anesthésie doucement, au point que l’on ne sait plus comment dire ce que l’on a sur le cœur. Pourtant, on ne veut qu’une chose : ressentir quelque chose. Rester vivant. Tout sauf être ce robot que l’on est doucement devenu. Celui qui ne sent ni les odeurs, ni n’apprécie les saveurs. Avancer avec la peur que l’on cache derrière le mot maturité. Et un beau jour, finir par se poser la question : que reste-t-il de moi ?

Pour le savoir, il faut revenir au point de départ. Retrouver un vieux journal. Pour moi, ce fut celui de mes onze ans. À l’époque, je consignais mes secrets. Ceux que l’on ne partage avec n’importe qui. Les moments les plus importants de la vie d’une pré-ado. Je n’imaginais pas à l’époque que je pourrais oublier quelque chose de si pure. C’était pourtant le cas. J’ai fini par oublier comment simplement écrire les choses. Comment rester vivante. Voici alors les mots d’une jeune fille qui se raconte sans filtre. Ceux que personne ne doit lire. Les termes d’une autre génération. Me replonger dans les mélodies d’alors. Les odeurs. Chaque détail consigné là.

Des ratures, des griffures et ce désir de collecter des moments de vérité, bien que subjectifs. Dans ce carnet, j’ai trouvé celle que j’étais et que j’ai fini par perdre de vue. J’ai retrouvé de la couleur. Des dessins. Des photos. Je me suis replongée dans un monde où ni mes parents, ni mon frère n’avaient le droit de poser l’œil. Face à celle que je ne suis plus. J’ai mûri, grandi, vieilli. Je suis envieuse de cette jeune fille : sa liberté. Cette fraîcheur, oubliée après avoir été doucement formatée. Le cuir tanné par le temps.

En relisant les premières lignes de ce journal, je comprends que j’avais tout oublié. Alors oui, pas tout. Pas les grandes lignes. Pas les prénoms, ni les moments que l’on raconte avec nostalgie. En lisant, je retrouve le frisson. Ces détails insignifiants qui font revivre l’instant. Les palpitations. Le moment où son cœur bat plus vite. Si fort qu’il va sûrement finir par exploser. Je ne pense plus qu’à l’instant fatidique où ça va arriver. Celui où je suis pleine d’hésitation. Les doutes. J’ai chaud. Puis j’ai soudain froid. Je me demande ce qui va arriver alors que je rentrerai tard à la maison. Mais sans hésitation, si je devais le refaire, je le referais. Cent fois. Mille fois même. Tant pis, advienne que pourra. Le plus important c’est d’y être. De vivre, pourvu qu’il reste quelque chose.

 

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Gladys
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