Roadtrip #1- Remonter le temps

photo-Sasha_Zvereva

Il y a dix ans, en mai 2006 pour être précise, j’embarquais sur un vol de la Lufthansa. Ceinture attachée. Prête à m’envoler le plus loin possible de la maison. L’année précédente avait été intense, pour ne pas dire destructrice. J’avais rencontré la mauvaise personne. Celle qui, quand vous y repensez, vous fait vous dire « J’aurais mieux fait de me casser une jambe ». J’avais fait le mauvais choix et le mal avait envahi la maison. À présent, j’acceptais la mission, douloureuse, de reposer une à une les briques qu’il avait pris tant de plaisir et de temps à briser en milliers de microparticules devenues poussière. L’heure était venue de redémarrer ou de sombrer. Mon choix était fait.

 

Installée dans l’avion, mon visa en poche, j’avais un mélange d’inquiétude et d’excitation. Quitter Paris, me retrouver seule, était étrangement la partie la moins inquiétante du voyage. Juste ce dont j’avais besoin en fait. Seule, à plus de dix heures à vol d’oiseau métallique de la maison et un décalage horaire à décourager les prétendants les moins téméraires, j’étais exactement là où j’avais souhaité être. Après avoir remonté le temps et pris neuf heures de décalage horaire dans les dents, aucun visage familier ne m’attendrait à l’arrivée à San Francisco. Parfait !

 

Aujourd’hui, je refais la route. Il y a dix ans, je ne souhaitais plus être la fille de… La petite amie de… Ou l’amie de qui que ce soit. Je refais la route qui m’a permis de ne plus avoir peur d’être moi. N’être comparée à personne. Prendre mes décisions. Avoir le droit de me tromper, sans me sentir épier, juger. Juste avoir le droit d’essayer et me libérer du poids que je sentais sur mes frêles épaules alors. En l’espace de vingt-quatre mois, j’avais accompli plus, seule, à San Francisco, qu’en une vie à Paris. Rien à voir avec le fantasme du rêve américain ou les prétendues possibilités offertes à tous (ça se saurait si c’était vrai). Non, j’avais simplement choisi de me faire confiance et de foncer, au lieu de m’autocensurer ou de réfléchir cent fois à ce qui serait socialement acceptable. Loin, on n’a d’autres choix que de faire et d’avancer. Est-ce que je suis vraiment capable de faire ça ? La réponse est simplement OUI, avec du travail.

L’année écoulée n’a pas été moins intense qu’il y a dix ans. Tellement d’imprévus, de tristesse à Paris et ailleurs, de déceptions professionnelles et sentimentales, mais d’accomplissements aussi. Si on m’avait demandé d’imaginer cette année, j’aurais été si loin du compte. Mais je suis encore là où je souhaite aller. J’assume mes bons et mauvais choix avec le sourire.

 

Aujourd’hui, je remonte le temps et je reprends neuf heures de décalage horaire dans les dents (je vous écris en utilisant le wifi de l’avion, trop cool !). Cette fois, un visage familier m’attendra à l’arrivée à San Francisco. Quelques pages se sont tournées depuis.

 

Photos : Sasha Zvereva et Karim Rezaul (les miennes arrivent bientôt, je pose à peine mes valises ;))

Gladys
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